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Musée d'Art Islamique de Doha

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Musée d'Art Islamique de Doha

Message par Sajoker le Lun 24 Mai - 19:08

Musée d'Art Islamique de Doha



Ieoh Ming Pei

Commenté et traduit de l'anglais par: Mohamed Sadok CHAIEB, Architecte


Le nouveau musée d’Art Islamique de Doha vient
d’ouvrir ses portes le mois dernier. Placé sur une île artificielle,
juste en face de la nouvelle esplanade de la ville. Il s’agit d’un
projet phare d’un grand effort pour transformer le Qatar en une
destination artistique et culturelle. Les festivités d’inauguration, en
grande pompe, ont marqué l’ouverture.


La forme colossale du musée rappelle un temps où
l’art et l’architecture islamiques culminaient au monde de la culture,
et représente une nouvelle espérance pour renouer avec cet idéal.


La construction semble austère comparée aux formes
futuristes associées aux nouvelles cités du Golfe comme Dubai, Abu
Dhabi, ou Koweït. Cette nouvelle silhouette de la ville a été dessinée
par I. M. Pei, qui a affirmé que c’était là son dernier projet culturel.
Le musée qui abrite des manuscrits, textiles,
céramiques, et autres objets ramassés durant les vingt dernières années
est devenu l’un des plus grands renfermant des collections islamiques.
L’origine de ses collections couvre un territoire allant de l’Espagne à
l’Inde, en passant par l’Egypte, l’Iran, l’Iraq, la Turquie, etc.


Parmi les travaux les plus exquis, figure une tête
de bronze d’une fontaine andalouse, un plat de cuivre mésopotamien de
forme sphérique, utilisé pour mesurer la position des étoiles.
S’inspirant de la diversité de la collection, Pei a
escompté créer une structure qui engloberait l’essence de l’architecture
islamique.


La Tunisie a inspiré I.M. Pei
Il a passé des mois voyageant à travers le Moyen
Orient et l’Afrique du Nord en quête d’inspiration. Il a visité la
mosquée d’Ahmed Ibn Touloun au Caire, une structure sobre organisée
autour d’une cour, avec une fontaine au milieu ressemblant à un temple,
ainsi que les ribats et les anciennes fortifications en Tunisie.


« Je ne connaissais pas l’Islam » confirmait Pei
dans une interview, « alors j’ai étudié la vie de Mahomet. Je suis allé
en Egypte et en Tunisie. Je me suis intéressé à l’architecture de
défense et des fortifications tels que les ribats. Il s’agit d’un
élément important dans l’architecture islamique ».
« Cette architecture est en effet très forte et très simple » a-t-il ajouté. « Il n’y a rien de superflu. »


Le résultat est une structure dont la simplicité
imposante vient avec le jeu d’ombre et de lumière, sous le soleil
flamboyant du Golfe. Pei a visité plusieurs sites proposés à Doha avant
de choisir celui qui clôt l’esplanade du front de mer.
Soucieux pour que le futur musée ne soit pas occulté
par de nouvelles constructions, il a demandé à l’émir du Qatar, Sheikh
Hamad, de lui créer une île privée de manière à isoler ce bâtiment du
reste de la ville.


« Je me souciais beaucoup sur ce qui pourra venir
après, » dit Pei. « Même un joli chef-d’œuvre peut être occulté, détruit
par autre chose. »
Pour le moment, « Doha est un terrain vierge, »
dit-il. « Il n’y a pas de vrai contexte ici, pas de vraie vie sauf quand
vous allez au souk. » « Je devais créer mon propre contexte. J’étais
très égoïste. »


Le résultat est une forte composition cubique de
carrés et de blocs octogonaux placés les uns sur les autres et
culminant dans une tour centrale. Une bande de palmiers géants mène à
l’ile. A l’intérieur, 3800 mètres carrés de galeries sont organisées
autour d’un atrium en hauteur, couvert par un dôme, permettant de
filtrer un faisceau de lumière descendant de son oculus central.


Vus à travers le plan d’eau du port, ses blocs
massifs de pierre à la couleur du sable se dotent d’une présence
éternelle, comme les ribats et forteresses tunisiennes qui en ont
inspiré la composition.
« Le musée est un objet, » dit Pei. « Il doit être traité comme une sculpture. »


Il n’y a rien de vraiment révolutionnaire dans le
musée d’art islamique. Ses formes ciselées véhiculent une tranquillité
qui se distingue dans une période oscillant entre voyeurisme et
nostalgie.


L’allure est due à I. M. Pei, qui atteint sa gloire
et popularités il y a quelques décennies avec des projets comme la «
National Gallery of Art » à Washington, ou la pyramide du Louvre à
Paris. Depuis, il a été une figure énigmatique à la périphérie de la
profession. Ses meilleurs travaux ont des adeptes, mais il a été
largement ignoré par les cercles intellectuels de l’architecture.
Maintenant, à 91 ans, il est entrain de cueillir les fruits de toute une
carrière, avec la renaissance accordé aux architectes s’ils ont la
chance de vivre longtemps.


Mais le musée est aussi bien situé dans une région
du monde arabe qui est une locomotive dans la reconsidération de
l’identité culturelle. Les grands projets culturels qui jaillissent au
Golfe, entre un Guggenheim pour Abu Dhabi, à la Ville de l’Education à
Doha, sont souvent dédaignés dans les cercles occidentaux comme des
fantaisies superflues. Etant le premier projet à être fini, le Musée
d’Art Islamique de Doha prouve bien que le boom n’est pas un simple
mirage. Les formes austères, presque primitives du musée, et la
consistance des collections exposées, soulignent bien l’ambition
culturelle du pays.


Ce qui est plus contraignant, c’est que le dessin
est enraciné dans une vision optimiste du monde, vivant dans un schisme
entre la modernité cosmopolite, et un fondamentalisme qui a déterminé
les dernières décennies dans le Moyen-Orient. Les idéaux que ce projet
enfante, que le présent et le passé peuvent coexister harmonieusement,
est un défi à la culture occidentale, se regardant dans une progression
linéaire dans le temps.


« Les architectes contemporains tendent à imposer
la modernité sur quelque chose, » il a dit dans une interview. « Il y a
une certaine considération pour l’histoire, mais ce n’est pas très
profond. Je comprends que le temps a changé, nous avons évolué. Mais je
ne veux pas oublier le commencement. Une architecture qui dure doit
avoir des racines. » Cette affirmation ne surprendra pas ceux qui ont
suivi de près la carrière de Pei. On se rappelle de son nom durant la
construction de la Bibliothèque Kennedy à Boston, au milieu des années
70. La bibliothèque, renfermée derrière un atrium en verre, n’était pas
le projet le plus mémorable des débuts de Pei, mais le lien avec Kennedy
l’avait projeté aux devants de la scène.
La bibliothèque qui a été finie 16 ans après
l’assassinat de Kennedy, était un acte d’espérance, comme si les valeurs
auxquelles a cru la génération Kennedy, pourraient être conservés dans
la pierre et le verre.
Pei a suivi les valeurs de cette période, en
traversant la crise des années 70, et les victoires boiteuses de Reagan.
Son travail n’a jamais perdu de son aura d’idéalisme mesuré. Il a
atteint son apogée avec la « National Gallery of Arts » finie en 1978.


Depuis ce triomphe, Pei a souvent pris le loisir
d’approcher et de dessiner ce que d’autres architectes ne pouvaient que
rêver. Quand il a été invité en 1983 à participer à un concours pour
l’extension du Louvre, i a refusé, disant qu’il n’allait pas donner un
dessin préliminaire. Le président Mitterrand l’avait engagé
immédiatement. Pei lui a demandé de lui accorder quelques mois pour
étudier l’histoire de la France, et passa plusieurs mois voyageant entre
l’Europe et l’Afrique du Nord avant de commencer effectivement le
travail sur le dessin final.
En 1990, une année après la livraison du projet, il a
quitté sa société. Plus récemment, il a vécu en semi – retraite,
rarement acceptant plus d’un projet à la fois.
Une attitude pareille est à l’encontre du rythme
frénétique de notre âge de la globalisation. Pei résiste gentiment à la
vue courte de plusieurs considérations culturelles. Les architectes qui
réussissent aujourd’hui sont des nomades globaux, qui s’intéressent
plutôt aux frictions culturelles, que d’offrir des visions d’harmonie.


Pei considère l’histoire comme un processus
continu, une considération qui est prise le Musée d’Art Islamique, dont
les surfaces polies et abstraites sont à la fois une réponse du Haut
Modernisme, et de l’architecture islamique ancienne. Construit par
l’émir du Qatar, et sa fille, Sheikha al Mayassa, âgée de seulement 26
ans, ce musée est au centre d’un projet culturel dont le but est de
forger une société urbaine et cosmopolite, dans un endroit qui était il y
a quelques décennies une série de campements bédouins, et de villages
de pêcheurs. Le but est de montrer un temps où, de la naissance de
l’Islam à l’apogée de l’Empire Ottoman, quand le monde Islamique était
au centre d’expérimentations scientifiques et de tolérance culturelle.
« Mon père voulait construire une institution
inter-culturelle, » dit Sheikha al Mayassa, qui a été chargée de
superviser le développement culturel de la ville. « C’est afin de
renouer les bouts de l’histoire qui ont été cassés, et retrouver une
manière pacifique de résoudre ce conflit. »
Le défi de Pei était d’intégrer les valeurs de
cette ère ancienne dans la culture d’aujourd’hui, de toucher l’essence
de l’architecture islamique.
Les formes rigides et sculptées du musée sont
inspirées de la fontaine d’ablution de la mosquée Ibn Touloun au Caire,
et des ribats et forteresses construits en Tunisie aux VIIIe et IXe
siècles. Afin de se retirer similairement du monde, Pei a situé son
musée sur une petite île artificielle. La silhouette du musée, vue de
loin, ressemble à un grand bloc de pierre, et contraste avec le reste de
la ville et son front de mer. En cascade sur les deux côtés, le sommet
du bâtiment principal est marqué par une petite tour, abritant une
ouverture qui camoufle la coupole centrale.


De certains angles de vue, la structure semble
plate. D’autres points de vue, elle semble flotter. En approchant du
bâtiment, le poids de la structure la rattache au sol, et les formes
deviennent imposantes. Bientôt, des détails commencent à apparaitre,
comme les deux fenêtres arquées surplombant l’entrée. Ces touches
donnent un sens d’échelle, de manière à ce que la grandeur du bâtiment
puisse être appréhendée avec l’échelle de l’homme.
Un mélange de thèmes modernes et islamiques
continue à l’intérieur, où Pei s’inspire directement de référents
religieux. La coupole, avec des motifs élaborés en plaques d’acier,
percés par un seul oculus, nous font penser aux motifs entrelacés
utilisés dans les mosquées.
Pei vient de créer un temple de l’art, plaçant la
culture au même rang que la religion. Son but et de créer à la fois un
symbole de la culture islamique, et un patrimoine commun pour les
citoyens du Qatar et de la région.


La grandeur de l’atrium est un prélude aux
galeries, qui sont aussi intimes. Les objets sont gardés dans des
vitrines élancées en verre, posées sur des tables ; leur donnant une
accessibilité et une visibilité spectaculaire. Comme la construction
elle-même, les collections reflètent la notion que Modernité et Islam ne
sont pas contradictoires, mais plutôt tissés du même fil de l’Histoire.
Les travaux les plus signifiants sont ceux qui
touchent les valeurs cosmopolites qui sont au cœur de ce musée : la
notion que l’échange libre et ouvert des idées, est celui qui construit
les grandes civilisations. Le musée de Pei nous rappelle que, construire
une culture, tout comme un agenda politique ou social, ne peut avoir
que des effets positifs. Comme tout grand art, cela nécessite de forger
des valeurs conflictuelles dans un même tout.
Autres échos
Le Qatar a inauguré son Musée d'art islamique,
riche d'une collection décrite comme l'une des plus prestigieuses au
monde, avec l'ambition de faire de Doha une capitale culturelle
régionale. Construit sur une île artificielle, à 60 mètres de la
Corniche de Doha, le musée rassemble 800 objets d'art et d'histoire
collectés sur trois continents, d'Espagne jusqu'en Inde, et illustrant
la civilisation musulmane, du VIIe au XIXe siècle après JC. Par ce
musée, le Qatar, riche pays gazier du Golfe, veut "mettre en relief les
valeurs de la civilisation musulmane et le rôle de cette civilisation
dans le rapprochement entre les cultures et les valeurs humaines", a
déclaré cheikha Al-Mayassa Bent Hamad Al-Thani, présidente de l'Autorité
des musées du Qatar, devant un parterre de têtes couronnées et de
dirigeants arabes.


"Nous voulons montrer que l'islam est une
civilisation pacifique, qui a toujours appelé à la tolérance et à la
cohabitation entre les peuples", a ajouté cheikha Al-Mayassa, fille de
l'émir du Qatar, cheikh Hamad Ben Khalifa Al-Thani. L'islam "est une
religion de tolérance, de savoir et de civilisation, et non de
terrorisme", avait-elle expliqué peu auparavant à un groupe de
journalistes. Outre des manuscrits, des calligraphies islamiques, le
musée compte des objets en céramique, métal, verre, ivoire, textile,
bois et des pierres précieuses, dont 42 chefs-d'oeuvre qui avaient été
exposés pour la première fois en juin 2006 au musée du Louvre, à Paris.
Le bâtiment de cinq étages, conçu par l'Américain
d'origine chinoise, Ieoh Ming Pei, architecte de la Pyramide du Louvre,
abrite des salles d'exposition, une bibliothèque et un pavillon dédié à
l'enseignement où, selon cheikha Al-Mayassa, seront données à partir de
janvier 2009 des conférences sur l'art, l'histoire et la civilisation
islamiques.


Les présidents syrien Bachar al-Assad, émirati
cheikh Khalifa Ben Zayed Al-Nahyane, ainsi que le roi de Bahreïn, cheikh
Hamad Ben Issa Al-Khalifa, étaient parmi les principales personnalités
présentes autour de l'émir du Qatar et de son épouse, cheikha Mozah bent
Nasser al-Masnad. Des artistes arabes mais aussi occidentaux, comme
l'acteur américain Robert De Niro, étaient également présents. La
cérémonie d'inauguration s'est achevée par un énorme feu d'artifice qui a
illuminé le littoral de la capitale du Qatar, un petit pays du Golfe
qui, pauvre en sites archéologiques, entend se doter d'une série de
musées, après celui de l'art islamique. "Le Musée d'art islamique jette
le premier jalon pour un projet culturel tendant à faire de Doha une
capitale culturelle de renommée mondiale", a indiqué le président
exécutif de l'Autorité des musées du Qatar, Abdallah Al-Najjar.
Les arts islamiques sortent du champ traité par La
Tribune de l'Art, mais cette nouvelle est importante en ce qu'elle
montre qu'un émirat proche d'Abu-Dhabi et des Emirats Arabes Unis peut
développer une politique muséographique ambitieuse et légitime, sans
avoir besoin de louer des collections à l'étranger. Il s'agit d'une
volonté affirmée du Qatar qui a choisi de constituer, depuis quinze ans,
un ensemble d'art islamique dans l'objectif d'ouvrir son propre musée.
Celui-ci, construit par Ieoh Ming Pei et aménagé par l'inévitable
Jean-Michel Wilmotte constitue (d'après les photographies) une belle
réussite architecturale. Le programme du musée est centré autour des
arts islamiques considérés comme témoins d'une civilisation plus que
d'une religion. Les chefs-d'œuvre avaient été exposés au Louvre en 2006.
Un tel musée s'insérera tout naturellement dans le circuit
international des expositions en collaborant avec les autres grands
établissements étrangers. D'autres musées ouvriront ultérieurement leur
porte au Qatar, suivant les mêmes principes.


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