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ANALYSE URBAINE DE TLEMCEN 62-77

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ANALYSE URBAINE DE TLEMCEN 62-77

Message par archi_mido le Mar 9 Déc - 22:24

Période post-coloniale (1962-1977) :



1- Lecture historique :



Les grands évènements :



Les grands évènements qui ont marqué cette période on a :

v La nationalisation des bien vacant (des colons) en 1963.

v Création des grandes entreprises nationales (SONATRAC…).

v Le coup d’état du 19/06/1965.

v La nationalisation des hydrocarbures : le 24/02/1971.



Lecture socio-économique :



* Evolution de la population de Tlemcen :

79000 habitants 1962

85000 habitants 1966

115000 habitants 1977

Le taux d’accroissement (1966-1977) est de 2,75 %.



* L’exode rural :

Un phénomène d’exode provenant des villages, même des villes du sud, comme pour les nomades de Ain Safra, Mechria, El Bayadh, Bechar… ce qui a conduit à créer des habitats spontanés précaires au sud sur le flan du plateau de Lalla Setti ; il s’agit de Boudghène, un terrain impropre à l’agriculture et peu propice aux opérations de construction licites du fait des fortes pentes et de sa nature rocheuse.

La population originaire de la médina a pu émigrer vers d’autres parties de la ville notamment vers les logements « logement vacant », et les quartiers neufs.

La médina décline toujours lentement moins par ses activités, production artisanale et son commerce des produits « traditionnels ».

* la composition sociale de la population :

La répartition de la population active par catégories socioprofessionnelles a était comme suit :

* 45% catégories sociales défavorisées : salaries agricoles, ouvriers, manoeuvres, apprentis, chômeurs).

* classe moyenne : des artisans emplois tertiaires (employé de bureau, de commerce…).















Lorsque le gouvernement adaptât une nouvelle stratégie économique basé sur une industrialisation rapide, conformément au plan quadrenal (1970-1973), donc, la ville est appelée à jouer un rôle bien déterminer au sein des nouvelles structures économiques nationales et régionales crées en Algérie. Au même temps les fonctions administratives et commerciales de la ville seront renforcées malgré que sa future vocation sera celle d’un tissu de centre industriel qui vise à long terme à réduire le chômage.



2- Lecture typo morphologique et fonctionnelle :



Durant la période d’évolution post indépendance, le centre de Tlemcen s’éloigne de plus en plus de la médina tandis que le centre colonial dont la valeur d’usagé est importante demeure le centre de la ville actuelle avec l’apparition de nouvelles centralités tels Immama, Kiffane.

L’évolution et l’expansion de la ville, ont fait son apparition, depuis le départ des Français, suite à évolution urbaine et à l’exode rural.

Plusieurs PUD (PUD : le plan d’urbanisme directeur définit les modes d’utilisation du sol sur le territoire de la commune pour une période de 15 ans) se sont succédé sur Tlemcen, ils ont eu pour objectif de restructurer cette périphérie surtout au niveau des voiries comme le boulevard des 24 mètres, le boulevard pasteur, l’implantation d’immeuble collectif à pasteur et bel horizon et la construction d’écoles, de lycées comme le lycée polyvalent.

Dans le cadre de la politique d’industrialisation, il est apparu un nouveau instrument d’urbanisme : le plan d’urbanisme directeur de la commune de Tlemcen (PUD), réalisé par un bureau d’étude français OTHAL Alger en 1971 qui vient d’élaborer un programme détaillé de l’expansion urbain et du réaménagement de Tlemcen jusqu’au en 1986. il a provoqué comme action sur l’espace de la ville, suite à la création de la nouvelle activité industrielle :

v L’implantation de la zone industrielle à Chetouane.

v L’implantation de la zone semi industrielle à Abou Tachfine.

v En parallèle, il y avait aussi, l’implantation du pole universitaire à Imama.

Ce plan prévoit une extension massive de la zone urbaine vers les plaines du nord-ouest (Kiffane, Imama), et au nord-est du centre ville (Agadir, Feden Sbaa). Cette zone va être le nouveau centre ville, elle doit être étroitement liée à l’ancien centre qui doivent constituer une seule entité urbaine.

L’expansion dans une autre direction est soit impossible, soit un peu souhaité. Au sud ; l’extrémité semblable à une falaise des plateaux de Lalla Setti forme un obstacle naturel à l’extension urbaine, tandis que les communications par voies ferroviaires avec les zones situées à l’est sont extrêmement difficiles, le site historique protégé de Sidi Boumediene constitue aussi une autre raison de refus.

Ce plan donne aussi de l’importance à l’action de sauvegarder les quartiers islamiques traditionnels, à la reconstruction et à la replanification dans le centre urbain existant.

La zone industrielle de Chetouane et la zone semi industrielle Abou Tachfine consomment chacune 220 ha et 80 ha de terres agricoles à haut rendement comprises dans le périmètre irrigué de Tlemcen. Cette situation va perturber l’équilibre de la ville intra muros et notamment complexifier le flux journalier à l’intérieur de la ville.

C’est vers les années 70 qu’il y a eut l’apparition de la Z.H.U.N ; zone d’habitat urbaine nouvelle qui un ensemble d’habitat collectif et individuel en lotissement, et issue de la planification de la production des zones à urbaniser.



Habitat et équipements :



Le tissu urbain de la ville de Tlemcen se distingue par plusieurs entités :

* quartiers traditionnels : sidi Boumediene, Agadir, sidi el haloui…

* quartiers européens : bel air, cerisier.

* quartiers résidentiels sous intègres : Boudghene.

* quartiers nouveaux :

* villages coloniaux :

* zone industrielle et semi industrielle.



Typologie de l’habitat :

* habitat individuel (traditionnel, nouveau).

* habitat collectif.

* habitat individuel précaire.







Synthèse :



Problématique :

La vile traditionnelle se trouve menacée par une modernisation inadapté a son espace urbain :

* les ruelles étroites → paralyser le réseau de communication qui converge vers le centre ville.

* les quartiers de la médina (Beb zir…) ne répondent pas aux besoins de la population en matière des équipements et services, et même ils sont mal assainis.

* concentration des voies vers le centre ville.

* inexistante des voies d’évitement et l’insuffisance de parking et garages.

* sous équipement de plusieurs quartiers.

* le noyau ancien constitue un habitat traditionnel dégrade.

* les espaces libres provoques par une extension éclatée constituent une rupture du tissu urbain.

* la zone de sidi Boumediene est menacée par une dégradation de son cadre bâti.

* les extensions illicites faites au niveau de sidi Boumediene dégradent le milieu naturel (espaces verts, foret, terrains agricoles).

* l’absence d’activités de commerces, de service et d’équipement

* les extensions urbaines au niveau de sidi el haloui, Sidi Said, Feden Sbaa se font généralement illicitement sans aucune cohérence du tissu urbain et détriment de riches terrains agricoles.

* le chemin de wilaya traversant cette partie et reliant la zone industrielle, n’assure pas le rôle de voie semi urbaine (le sous dimensionnement de voie).

* la zone de boudghene est sous équipée, elle comporte des habitat précaire (le réseau d’assainissement fortement dégrade).

* le sous dimensionnement de la gare routière.

* la zone semi industrielle est mal intégrée a l’ensemble du tissu urbain (les unités industrielles 22ha occupant une position stratégiques par rapport a Abou Tachfine).

* l’accessibilité au plateau lalla Setti.

* le sous équipement des agglomérations: Saf Saf, Ain Defla, Mdig engendre une dépendante quasi-totale de la ville de tlemcen.

* Chetouane: ancien village agricole se trouve face a un conflit entre agriculture et industrie.





Propositions :

* la rénovation du réseau d’assainissement.

* Réaménagement du grand bassin pou l’intégrer a son environnement.

* L’injection de quelques équipements touristiques.

* La rénovation de la zone de boudghene.

* Réorganisation et aménagement des axes primaires.

* Restructuration et densification du tissu urbain en partie.

* affectation des enclaves a des équipements appropries permettant d’être des repères urbains et confirmant la vocation future de Tlemcen « ville métropole ».

* l’urbanisation des terrains situés entre les deux casernes en y injectant des équipements et des habitats collectifs symbolisant le centre.

* le déplacement de la gare routière (affecter cet espace à des fonctions susceptibles de donner une meilleure image de la ville).

* affectation des terrains aux équipements a des activités hôtelières, sportives, de détente et de loisirs.

* le lycée ibn Zerdgeb doit faire l’objet d’une étude pour sa sauvegarde ou sa démolition (il pourrait être destine a une aire de jeux).

* une urbanisation maîtrisée pour aboutir a une structure homogène et cohérente.

* la revalorisation la rénovation, la restauration, la préservation des sites historiques.

* le transfert des unités industrielles vers la zone industrielle pour créer à leurs places un centre moderne structurant l’espace urbain d’Abou Tachfine.









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Re: ANALYSE URBAINE DE TLEMCEN 62-77

Message par titouhti le Ven 12 Déc - 16:48

merci beaucoup archi_midou

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Re: ANALYSE URBAINE DE TLEMCEN 62-77

Message par archi_mido le Sam 13 Déc - 23:32

study de rien titouhti et si tu veut d'autres on est làà study

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Re: ANALYSE URBAINE DE TLEMCEN 62-77

Message par jasminn le Mar 10 Nov - 20:57

Bonsoir tout le monde ;

Je me présente, je suis étudiante en 5ième année à l’EPAU et je prépare actuellement mon mémoire de fin d’étude sur la ville de Tlemcen (Mansourah).

L’évolution urbaine post coloniale n’est pas très claire pour moi, tout information pouvant éclaircir ce point me sera bénéfique.

Merci d'avance!!

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Les formes d’appropriation de l’espace urbain tlemcénien aux époques pré-coloniale et coloniale et durant la période contemporaine

Message par archibadi le Ven 15 Oct - 9:26



Table des matières
1- Problématique
2. Sur les formes d’appropriation de l’espace urbain tlemcénien aux époques pré coloniale et coloniale
A– La période précoloniale
B– La période coloniale
C- La Guerre d’indépendance (1954-1962)
3- Sur les formes d’appropriation de l’espace urbain tlemcénien de l’indépendance à nos jours
- Période 1962-1970
- Période 1970-1980
- Période 1980-1990
- Période allant de 1990 à nos jours
4- Conclusion: L’Etat et l’Informel
Texte intégral
1- Problématique
La ville est souvent perçue comme un organisme vivant qui se tend et se détend (extension // régression) en fonction des événements et situations économiques, socio-historiques et politiques. Cette élasticité est fonction du concours conjugué de facteurs exogènes et de facteurs endogènes.

Les facteurs exogènes sont constitués par les événements extra nationaux majeurs et dispositifs mis en place tels que la globalisation, la mondialisation, le développement durable, les termes des échanges, le commerce international, la tendance à l’instauration de systèmes dits démocratiques, la bonne gouvernance, etc.… qui viennent, par le biais de mesures prises localement par les Etats, à modeler les contours des mode de vie et des structures, souvent traditionnels, qui les sous-tendent, sous les vocables de « modernité – citoyenneté - démocratie ». Ceci a des conséquences certaines sur plusieurs plans, y compris sur les processus d’urbanisation des villes et de leur structuration, objet de notre communication.

Les facteurs endogènes, quant à eux, sont constitués par les politiques locales de planification et de gestion urbaines, des moyens mis en place, des qualifications et compétences sur le terrain et des différents acteurs et enjeux en cours, d’une part, et des pratiques citoyennes qui aspirent au quotidien, avec ou sans la bénédiction de l’Etat, à définir un espace vital de résidence et de travail. Quant aux revendications ayant trait au confort que constituent les équipements de première nécessité, les raccordements aux réseaux, et à l’amélioration urbaine et environnementale, elles se font, presque toujours, par le biais de comité de cités et/ou de quartiers.

Aussi, entre les exigences dictées par les institutions et la pratique séculaire de l’acte de bâtir, la ville se développe souvent dans une logique dont seuls les décideurs connaissent les tenants et aboutissants, et que les gestionnaires de l’espace urbain et le citoyen perçoivent différemment au quotidien.

La ville de Tlemcen, qui fait partie de l’ensemble maghrébin, donc d’un ensemble nouvellement indépendant et en voie de développement, quoi qu’ayant ses particularités et réalités, n’échappe pas à cette problématique générale que partagent, à des degrés divers, les pays en voie de développement, en ce qui concerne les formes d’appropriation de l’espace urbain qui se fait toujours sous la pression sociale, les urgences et les politiques du moment. Ces pays connaissent, entre autres problèmes, une démographie galopante, un exode rural continu, un appauvrissement tendanciel des couches moyennes, un sous équipement criant, une couverture sanitaire insuffisante et une désarticulation de l’espace urbain qui dénote d’un non maîtrise du processus d’urbanisation, et où les demandes multiformes écrasent des offres très en deçà des espérances.

2. Sur les formes d’appropriation de l’espace urbain tlemcénien aux époques pré coloniale et coloniale Like a Star @ heaven
Parler de la situation actuelle en occultant le poids de l’histoire, serait réduire le problème à une incompétence du moment, alors que la ville d’aujourd’hui est dans une très large mesure la résultante d’un passé composé du patrimoine matériel et immatériel socio-historique, politique et culturel, d’une longue nuit coloniale, d’une lutte pour la restauration de l’identité nationale à l’ère post indépendante et la reconstruction non seulement dans le but de la satisfaction des besoins, mais aussi et surtout d’une mise à niveau des concepts et des vues sur le présent et l’avenir.

C’est pourquoi, il nous paraît nécessaire de donner un bref aperçu sur les formes d’occupation qu’a connues l’espace tlemcénien à travers trois moments historiques significatifs pour le reste de notre exposé.

Donc, à l’instar des villes maghrébines, avec lesquelles elle partage histoire et réalités, Tlemcen est passée par trois moments importants qui ont induits des formes spécifiques d’occupation de son espace urbain :

A– La période précoloniale
La période précoloniale, où la croissance et la décroissance urbaines étaient dépendantes des moments de paix et de prospérité et des moments de guerres et d’instabilité, d’une part, et des grands mouvements des dynasties dans l’espace maghrébin et de leurs modes et statuts d’occupation spatiale, d’autre part.

Il est fait ici référence aux dynasties Almohades, Almoravides, Mérinides et le règne durable des Zirides, auxquels ont succédés les Ottomans.


Durant cette longue plage temporelle, les historiens et les archéologues, en particulier, nous informent que la ville a été faite et défaite plusieurs fois, sans toutefois jamais s’éteindre. Les innombrables pans de murailles et portes encore existants, les styles et matériaux de construction et les récits des auteurs contemporains à cette période demeurent des indicateurs précieux pour la perception et la compréhension de ces mouvements de flux et de reflux de l’espace urbain tlemcénien.

Pour ce qui fut des modes d’appropriation de l’espace par les citoyens, nous n’en savons pas grand-chose, mais cela devrait se faire, par la vivification des terres mortes tel que préconisé par le droit canonique islamique, les fetwas et les usages de l’époque, mais aussi par le legs, l’héritage ou l’achat tout simplement. Ceci au niveau du citoyen, mais en ce qui concerne, l’action étatique, les guerres permettaient, en plus des butins, de se constituer des réserves foncières qui relèveraient, pour la plupart, du domaine public. Plus tard, les Ottomans ont organisé le foncier urbain et rural en biens Melk: propriété individuelle et/ ou collective, Beylical: propriété du bey, c’est à dire de l’Etat (bien Public) et le Habous, constitué par les dons et géré par les institutions religieuses, associations culturelles, zaouias, etc.…) à des fins caritatives et d’intérêt général.

Cependant, aucun des ouvrages consultés pour cette époque ne relève la dichotomie, ni l’antagonisme entre pratique institutionnelle et pratique informelle, elles semblent, bien au contraire, faire bon ménage, car, d’une part, l’urbanisme en tant que discipline et moyen de gestion urbaine n’avait pas encore émergé comme instrument contraignant de planification, de régulation et d’organisation des espaces et de la société et, d’autre part, dans la société islamique l’individu se fondait dans la communauté ; de ce fait, les frontières entre l’individu et la communauté n’étaient pas encore tracées, comme c’est le cas actuellement où la chariâa cède le pas au droit positif international.

Dans les usages, les grands équipements et infrastructures tels que les palais, le résidences, les mosquées, les Médersas et infrastructures militaires étaient financés et pris en charge par l’autorité souveraine des époques considérés. Les récits des ouvrages contemporains et les effigies et inscriptions commémoratives mentionnent encore de nos jours les ordonnateurs des travaux (maîtres d’ouvrages en termes actuels) qui en tiraient honneur et fierté.

Pour ce qui est de la construction des habitations familiales et individuelles, des commerces de proximité et activités annexes et connexes, c’était à la collectivité de se prendre en charge avec ses moyens, structures et procédures traditionnelles basées généralement sur l’entre aide familiale, la touiza et la sollicitation des corps de métiers pour les tâches nécessitant un savoir-faire particulier.

Cependant, la Médina en tant que cité islamique n’a pas échappé aux schémas répandus d’occupation des sols, avec notamment la réservation de l’espace central aux équipements cultuels, culturels, commerciaux et de souveraineté ( Mosquée, Médersa, Palais, kessaria, etc.…) et la dissémination hiérarchisée, allant du centre à la périphérie, des activités intégrées à l’habitat et aux besoins immédiats de la hadara , jusqu’aux activités nuisantes reléguées aux limites de l’espace urbain, ceint d’une muraille protectrice qui se meut en fonction des événements démographiques économiques et sécuritaires.

B– La période coloniale
La période coloniale, où l’espace urbain tlemcénien, conquis de force, devient enjeu de pouvoir, avec promulgation de nouvelles lois, une réorganisation de l’espace subordonnée à un contrôle militarisé du territoire et une marginalisation de la population algérienne.

Si la présence Ottomane en Algérie se présentait comme une nécessité de protéger une nation musulmane en proie aux convoitises et menaces de l’Occident, particulièrement l’Espagne qui ne jurait que par la Reconquista, l’occupation française fut une forme de colonisation qui s’inscrivait dans la durée, s’exprimant par la force, et par conséquent sur la base de rapports dominant / dominé. De ce fait, l’appropriation de l’espace algérien global, et des espaces agglomérés et urbains se faisait à coups de décrets et lois impériales dans les deux sens du terme, appuyés d’actions répressives à la mesure des convoitises. Le senatus consult et la loi Varnier, à titre d’exemple, qui ont chassé les populations paysannes des plaines et terres fertiles vers les piémonts et terres incultes, mais aussi à la périphérie des centres urbains, ont contribué largement à la déstructuration des rapports traditionnels, séculaires, espace-société et créé une couche sociale qui sera le levain du prolétariat urbain, mais aussi des futurs combattants de l’occupant.

Pour ce qui est de la ville de Tlemcen, la première action des Français a été, l’envoi d’une unité du Génie Militaire, qui s’attacha à faire le relevé topographique systématique de la médina (De Solms, 1836), suivie d’une seconde en 1842, réalisée par Germain Sabatier.

Les premières actions d’appropriation de la médina, furent de reconstruire les remparts de la ville, pas nécessairement sur les traces des anciennes murailles, mais en fonction de la topographie, des impératifs sécuritaires et de l’espace jugé utilitaire.

Ensuite vint l’installation de l’administration coloniale sur les sites fonctionnels et symboliques occupés précédemment par l’autorité déchue, avec, bien sûr, des réaménageants à coups de démolitions des équipements hautement symboliques tels que Ksar El Bali, la médersa Tachninya sur le site de laquelle fut bâtie la Mairie; la Mosquée de Sidi Belahcène qui devint musée de la ville coloniale, le Marché Couvert érigé au lieu et place de la Kessaria et d’autres actions similaires dont l’énumération alourdirait notre exposé…

La deuxième série d’actions visait à remodeler, et pour certains, à refaire la ville, à l’image des villes européennes avec des pigments locaux d’exotisme et curiosités touristiques. Un plan de dissection fut élaboré, selon une trame en damier, pour une appropriation totale de l’espace de la médina dans l’esprit haussmanien, c’est–à-dire des voies larges pour assurer le contrôle des populations et de leurs éventuelles sautes d’humeur, comme ce fut le cas lors de la Commune de Paris (1872).

Boulevard National, rue de Ximénies, rue de France, rue de Paris, rue de Mascara, etc.…vont graduellement se substituer aux espaces d’habitat et de circulation préexistants.

Il est utile de rappeler que la tentative de déplacement de la centralité de la ville vers le Boulevard National où étaient déjà disséminés la Poste, l’Eglise, le Presbytère, la Sous Préfecture, la Résidence Officielle des Hôtes, le Commissariat de Police, le Groupement de Gendarmerie, la Douane, la (DTP) et le Service d’Urbanisme, entre autres équipements et services de premier ordre, visait à substituer ou dédoubler le centre traditionnel de la médina, où il y a eu au préalable une ré affectation des fonctions.

Vint l’implantation de la population civile européenne dans une série de lotissements: El Hartoun (Hortus), Bel horizon, Beau séjour, etc.… avec le maintien de la majorité de la communauté juive au centre-ville occupé depuis le moyen âge, entre la grande place et le Méchouar, au moment où la population autochtone dépossédée de ses biens, paupérisée, s’agglutinait autour de nouveaux quartiers populaires tels que Riat El Hammar ( les années 40 et 50), quand la Médina et les anciens tissus tels que ceux d’Agadir et R’hiba ne pouvaient plus recevoir de nouvelles populations.

La création de nouveaux villages coloniaux à vocation agricole, aux alentours de Tlemcen sur des terres à haut rendement, visait à asseoir une nouvelle armature, et à pomper la force de travail d’une population rurale à proximité des lieux de travail, d’une part, et à freiner l’exode vers la ville de Tlemcen, d’autre part.

Nous citons à titre d’exemple les villages coloniaux de Mansourah, Négrier (Chetouane), Eugène Etienne (Hennaya), et dans une moindre mesure Terny et Ain Fezza.

Le croissant fertile, véritable jardin potager de la ville, entretenu depuis l’antiquité romaine (Pomaria = les vergers) et intégré dans le Hawz de la Médina, fut épargné de toute forme d’occupation contraire à la stricte activité agricole, durant cette période.

Les activités manufacturières (MTO), de transformations et moulins furent implantées en amont de la ville, au sud sur des terrains en pente et de faible rendement agricole, entre le Jardin Public d’El Hartoun et les limites sud de l’actuelle Birouana. Les autres activités moins nuisantes ont été intégrées à l’habitat

Dans cette nouvelle configuration, les autochtones, marginalisés, entreprirent l’édification graduelle, lente, sûre et durable de ce qu’allait devenir le quartier de Boudghène, du nom du propriétaire de cet espace rocailleux, qui descend en forte pente, généralement supérieure à 25%, surplombant, aussi bien, l’espace traditionnel de la médina que celui nouvellement édifié par les occupants du moment.

Cet espace bâti est considéré comme le premier ensemble urbain illicite conséquent construit à Tlemcen et comme la deuxième forme de ségrégation spatiale, après celle qui a mis la médina en sous mains, ou en appendice, de la ville coloniale.

C- La Guerre d’indépendance (1954-1962)
La Guerre d’indépendance (1954-1962), qui était, du point de vue exclusif de l’occupant, l’expression d’un ras-le-bol général d’une population (et non d’un peuple), et réduite dans les discours de ce même occupant à un soulèvement de « voyous », est une réaction désespérée d’une population humiliée, spoliée, marginalisée et qu’il faudrait encadrer et prendre en charge différemment.

Qui ne possède rien, n’a rien à perdre ! dit-on ; il fallait, de cette même vue étroite, donner aux Algériens quelque chose à laquelle ils allaient tenir. En partant de cette logique unilatérale, le Plan de Constantine allait tenter, à la fois, de créer une couche sociale (bourgeoise) alliée et freiner l’élan de la révolution armée, tout en isolant les centres urbains de la campagne et des maquis.

Le monde rural a connu la construction de centres de regroupement (CRH) appelés vulgairement « Village De Gaulle ». Quant aux agglomérations urbaines, des Plans d’insertion ont vu le jour, aussi bien dans le domaine de l’habitat qu’à celui de petits investissements locaux (micro crédits).

La ville de Tlemcen a eu droit au Plan Mauger qui a projeté, entre autres, la réalisation de logements sociaux collectifs, aux limites du Périmètre urbain et à proximité des zones habitées par les autochtones. La cité Jasmin à coté de Riat El Hammar, R’Bat à côté d’Agadir et Diar Essaboun (Lavoirs Publics) à proximité de Sidi Said et Feden Es-Sebaâ, pour ne citer que ces cas représentatifs.

Ces logements exigus et inadaptés aux besoins de l’époque déjà, allaient être les Containers, pour ainsi dire, de la crise de logements à venir et des problèmes sociaux qui en découleraient.

Cette reconfiguration de l’espace tlemcénien qui se réclamait politiquement de la «cohabitation» et qui était, en fait, une tentative d’assimilation, avec parallèlement le lancement du slogan ‘ l’Algérie française’, a encore échoué sur les bancs de la ségrégation spatiale et des contradictions sociales.

Les concepts, ou plutôt prétextes, d’hygiène et de sécurité, les permis de construire qui requièrent un titre de propriété et de plans normalisés (version française) sont autant d’obstacles au maintient de la typologie d’habitat local et à l’accession à un habitat décent et confortable conforme aux besoins de la population d’origine.

3- Sur les formes d’appropriation de l’espace urbain tlemcénien de l’indépendance à nos jours
Les formes d’appropriation de l’espace urbain en Algérie en général et à Tlemcen en particulier, de 1962 à nos jours, se sont faites selon une évolution qu’on peut aisément appréhender par étapes décennales, et ce en rapport avec les instruments, mécanismes et dispositifs mis en place, mais aussi les acteurs et agents de mise en œuvre et selon les enjeux de la période considérée.

- Période 1962-1970
L’indépendance de l’Algérie qui a eu lieu dans une atmosphère euphorique, mais aussi, empreinte d’insécurité et d’instabilité (OAS, Main Rouge, etc..) a précipité le départ des colons et agents de l’Etat sortant, en laissant un vide que seul un nationalisme porté au cœur pouvait tant bien que mal combler. Aussi, les luttes intestines et les problèmes qui ont surgi, aussi bien à l’Ouest qu’à l’Est du pays (frontières) ont déterminé dans une large mesure les priorités de cette période ; et dans laquelle il a fallu également prendre en charge :

- un appareil d’état à l’état embryonnaire (institutions et administrations) ;

- ce qui restait encore de viable de l’appareil productif ;

- et répondre aux demandes pressantes et multiples d’une population laissée pour compte pendant plus d’un siècle.

L’option socialiste clairement affichée, le discours sur la nationalisation des richesses du sous-sol, qui a abouti en 1969 à la nationalisation du secteur minier, et le dépassement au départ de certaines clauses des Accords d’Evian, n’ont pas permis le passage d’une gestion assistée par la France à une gestion nationale graduelle, comme prévu.

Pour ce qui est de l’appropriation de l’espace, aussi bien urbain que rural, Tlemcen ne se distinguait pas particulièrement du reste du pays. Elle a connu, d’abord une occupation anarchique, pour ne pas dire illicite des biens vacants laissés par les Européens qui ont quitté en masse le pays. L’autogestion (domaines autogérés) faite dans la précipitation consistait en l’attribution de vastes domaines précédemment coloniaux à des collectifs de travailleurs gérés par l’Etat, d’abord dans un esprit collectiviste, ensuite dans un système de type socialiste.

La ruée des ruraux vers les centres urbains n’avait pas encore posé problème au regard des données démographiques de l’époque (RGPH 1966), et de la disponibilité des biens vacants. Tlemcen a même vu un desserrement dans la densité d’occupation des logements. Cependant le fameux premier quartier illicite de Boudghène, dont on occultait l’importance, et même la présence parfois, dans les rapports de l’époque, allait doubler de population entre 1954 et 1962.

L’administration fonctionnait encore, dans une large mesure à l’heure coloniale en ce qui concernait, notamment, les procédures, imprimés de base, formes de transcriptions, actes et justificatifs de propriété (mode de transcription traditionnel par la Djemaâ, le Cadi, les témoins selon la chariâ musulmane), les circuits commerciaux, etc. Néanmoins, le 1er code communal est né en 1969, entre autres textes d’orientation.

- Période 1970-1980
C’est une période très importante et très fructueuse qui a connu de grandes réalisations économiques et sociales et durant laquelle ont été posées les premières assises institutionnelles et juridictionnelles, dans l’esprit d’une société en transition vers le socialisme.

« Souveraineté-Nationalisation-Réforme-Révolution-Algérianisation-Formation » étaient les concepts-clés qui caractérisaient cette période historique de construction nationale.

Les trois révolutions Agraire, Industrielle et Culturelle vont bouleverser l’ordre établi dans les campagnes et en milieu urbain. Dans les campagnes, les nationalisations des terres, leur redistribution et la construction des fameux villages socialistes agricoles (VSA) vont contribuer à saper les structures traditionnelles de la paysannerie qui, passé le temps de l’euphorie, va se diriger vers les villes à la recherche d’un niveau de confort supérieur et d’un travail moins éreintant, plus rémunérant et plus sécurisant.

Tlemcen n’allait pas échapper à ce mouvement d’ensemble. Les emplois demandés en masse dans les zones industrielles et d’activités économiques et la mise en chantier d’un nombre impressionnant de cités, allaient être qualifiées par certains de Cités Ouvrières, et par d’autres de Cités Dortoirs, allaient drainer un nombre considérable, non seulement, de corps de métiers en rapport avec les demandes, mais aussi et surtout, de sous employés qui étaient des chômeurs potentiels et des chômeurs sans aucune qualification.

Ceci constitue la première vague de surpeuplement de la ville de Tlemcen de l’ère post coloniale, au regard des infrastructures d’accueil de cette époque.

Le quartier de Boudghène, en progression continue du volume de population, allait connaître, d’abord, un trop-plein puis un débordement à l’Est par la prolifération de l’habitat illicite sur le terrain privé dit Djenane El-Arafi, où des lots à bâtir ont été cédés par le propriétaire dudit terrain sans Permis de Lotir, et par conséquent, sans Permis de Construire qui aurait requis au préalable le titre de propriété et le permis de lotir en question. Ensuite, cet espace surchargé allait enclencher l’invasion, à l’Ouest d’un espace rocailleux, où la pente la plus douce se situe à plus de 25%, dénommé « Riat » par la population et renommé « Hai Ouali Mustapha » officiellement.


Sujet
Évolution de la population du quartier de Boudghène (Tlemcen)1

Année
1950
1954
1962
1966
1977
1993

Population
2 000
3 000
6 450
7 788
12 632
35 000



Ces trois entités allaient constituer une seule unité spatiale sur les plans morphologiques et spatiaux, car construits selon les principes immuables de «besoin-utilité-moyens et voisinage».

À côté de cette production illicite et /ou populaire induite par une forte poussée démographique et un exode rural sans précédent, l’Etat a entrepris de reconstruire la ville selon le projet de société arrêté (modèle socialiste) et en rapport avec les expériences vécues ou en vogue dans les pays socialistes et pays en voie de développement. Les Zones d’Habitat Urbaines Nouvelles (ZHUN) et les Lotissements Individuels furent les formes dominantes de construction urbaine, auxquels il faudrait ajouter les formules d’aide à la construction (auto-construction) et les programmes spécifiques de logements OPGI, EPLF, etc.…

Tlemcen a vu durant cette période ses espaces urbain et périurbain s’étendre sur de vastes domaines agricoles, publics et privés sans interface de protestation conséquente ni d’actions citoyennes de contre poids aux décisions.

La promulgation de l’ordonnance 74 sur les réserves foncières communales et du droit d’expropriation pour motif d’utilité publique, auxquelles il faut ajouter les terrains du Domaine Public et les expropriations opérées dans le cadre de la Révolution agraire, ont permis à l’Etat et, surtout, aux collectivités locales d’avoir les coudées franches pour une consommation hors normes de l’espace.

Les instruments d’urbanisme, organisant et gérant l’occupation des sols de l’époque, à savoir les Plans d’Urbanisme Directeurs (PUD) pour les agglomérations urbaines et semi urbaines et les Plans d’Urbanisation Provisoires (PUP), pour les communes à caractère rural, et leurs territoires communaux, ont permis de « planifier l’espace sans le gérer ».

C’est ainsi que Tlemcen a vu, pour la première fois de son histoire séculaire, et contre l’avis de ses habitants, l’invasion de son croissant fertile, d’abord, timidement à Bréa ( Abou Tachfine), avec l’aménagement de la zone d’activité sur une superficie initiale de 30 hectares, ensuite sur une vaste échelle avec l’aménagement de la zone industrielle de Tlemcen-Chetouane sur une superficie de 220 hectares d’arbres fruitiers et terres à haut rendement agricole en irrigué, qui ont fini par s’inscrire comme une plaie indélébile sur l’espace de tlemcenien et dans la mémoire de ses habitants. A titre d’illustration, l’ENTC (ex: Sonelec), à elle seule, occupait une superficie de 58 hectares, dont le1/10ème seulement était bâti et fonctionnel ; il en est de même pour la Soitex (ex: Sonitex) avec une occupation de 37 ha. C’est dire tout le gaspillage et les folies de grandeur permises à cette époque de grand faste que le prix du Baril autorisait.

Quand aux ZHUN et Lotissements, ils vont s’inscrire dans l’axe traditionnel, Est-Ouest, de l’évolution spatiale de la ville, dicté par la contrainte topographique constituée par le plateau de Lalla Setti au Sud, et le blocage créé par la nouvelle « zone industrielle » au Nord.

Le quartier de Kiffane, limitrophe du Périmètre Urbain préexistant, va recevoir les équipements complémentaires de la ville (Mairie, Tribunal, Banques, Trésor public, etc.…), quelques projets d’habitat collectifs, mais surtout des lotissements individuels dont la superficie varie entre 300 et 400 m² chacun.

Le quartier d’Imama, avec l’étude et l’approbation de la Zhun, va devenir un gigantesque chantier avec une première tranche de 1079 logements et recevra une base de vie qui va s’inscrire dans la durée, mais également des équipements d’accompagnement et de vastes espaces verts, en mal de verdure [les chantiers à durée indéterminée offraient en spectacle permanent un curieux ballet où bulldozers et camions de déménagement s’entrecroisaient presque sans se toucher.]

Il y a lieu de rappeler que toutes les opérations d’urbanisation ont été opérées sous forme d’extension des tissus existants sur site vierge.

Le monopole exclusif des collectivités locales et de l’Etat sur les transactions foncières a donné l’occasion à l’écrivain public de devenir agent d’affaires, à l’intermédiaire le statut social de démarcheur et courtier, dans un environnement non réglementé, totalement opaque et fermé.

- Période 1980-1990
La planification économique intersectorielle réfléchie en termes de volume et de quantité, la centralisation et le dirigisme face aux limites budgétaires (chute des entrées pétrolières) et la crise multiforme (faillite d’un nombre important d’entreprises publiques, chômage déguisé, crise ascendante et alarmante de logements, consommation effrénée de terres agricoles, entre autres problèmes et non des moindres), a remis les pendules à l’heure des moyens et du contexte international.

En ce qui concerne l’aménagement du territoire et l’urbanisme, instructions et circulaires sont tombés en rafales pour la protection des terres agricoles, des sites d’expansion touristique, des domaines forestier et maritime, etc.

Les instruments nouveaux d’aménagement du territoire sont venus pour définir, analyser et faire ressortir en amont les vocations des unités d’aménagement homogènes qui serviraient de guide aux instruments d’urbanisme aux échelles communale et urbaine, intégrées aux contextes régional et national.

D’autre part, l’Etat Providence qui garantissait un logement pour chaque citoyen, rectifiait l’approche de la formule de la « participation et facilitation à l’accession à la propriété d’un logement » ; en termes plus clairs, cela voulait dire: Aide toi ! le ciel t’aidera». Ainsi, de nouvelles formules et mécanismes ont été mis en place pour, à la fois, répondre à la pression sociale en logements et reconsidérer les méthodes d’approche et d’appropriation de l’espace urbain.

En ce qui concerne Tlemcen, comme c’est le cas pour les autres agglomérations urbaines à l’échelle nationale, le nouveau discours, suivi d’effets, porterait sur la densification des tissus urbains (particulièrement les ZHUN) et la restructuration des tissus anciens générateurs de la prolifération de l’habitat spontané et illicite.

Comme première forme participative citoyenne, les citoyens sont invités, dans la formule des Coopératives Immobilières, à se constituer en coopérateurs, avec un statut établi pour la première fois devant un vrai notaire et déposé après transcription auprès de l’administration compétente, pour construire leur ensemble d’habitat individuel, après obtention des permis de lotir et de construire.

A cet effet, la ZHUN d’Imama allait connaître une juxtaposition effrénée de lots individuels aux logements collectifs préexistants offrant une lamentable perspective où la ligne d’horizon se transforme en ligne brisée, brisant les effets de la volumétrie et l’harmonie d’ensemble. C’est dire, qu’on était encore au stade de la satisfaction quantitative des besoins.

Le portefeuille foncier transféré aux Agences Foncières Intercommunales (AFI), et géré par des conseils d’administration, allait dans le sens d’une ouverture vers une forme de transaction foncière libérale, où le prix du mètre carré n’était plus le Dinar symbolique, ou le prix de vente dérisoire consenti par l’Etat durant la décennie écoulée.

Cependant, malgré ces mesures plus souples, l’adaptation des OPGI, EPLF et CNEP au nouveau contexte, le marché foncier ne connaissait pas la régulation attendue. Bien au contraire, comme on dit «les petits poissons échappent, presque toujours, au filet» d’où émergence de courtiers clandestins de l’immobilier qui seraient chargés d’écouler les lots acquis à moindre prix, à côté d’agences immobilières agréées qui ont poussé comme des champignons et qui baignent dans les eaux tièdes de la spéculation foncière.

C’est dire aussi que cela n’a pas empêché cette décennie de voir émerger son quartier illicite: le quartier d’El koudia situé presque en bordure de la voie Tlemcen – Oran, narguant visiteurs et autorités à leurs passages, sur un terrain en faible pente (3 à 7%), non agricole mais aisément constructible.

Ceci a amené l’inscription des études de restructuration de Boudghène et d’El Koudia dans une optique de viabilisation et de travaux effectifs sur une partie des voies principales de circulation et des réseaux d’assainissement.

Aussi, dans le cadre de l’opération de régularisation foncière des constructions illicites, les autorités municipales de Tlemcen avançaient en 1986 le chiffre de 10 000 habitations concernées par cette opération, sur un total estimé à 500 000 logements par le ministère de l’habitat, à l’échelle nationale, à la même période.

- Période allant de 1990 à nos jours
Le recentrage de la politique sociale et économique, qu’a dicté la nouvelle constitution de 1989, a induit la promulgation d’une série de textes législatifs et technico-réglementaires visant à harmoniser la législation en cours avec les nouvelles directives et dispositions allant dans le sens et l’esprit de l’instauration d’une économie de marché.

Parmi ces textes, nous citons en substance, en ce qui concerne l’objet de notre communication :

- les deux lois n°90/08 et n°90/09 du 07 Avril 1990, relatives respectivement à la Commune et à la Wilaya ;

- la loi n°90/25 du 18 Novembre 1990, portant Orientation Foncière ;

- la loi n°90/29 du 1ier Décembre 1990, relative à l’Aménagement et l’Urbanisme, complétée en Août 2004 ;

- la loi n°90/30 du 1ier Décembre 1990, portant Loi Domaniale.

Cet arsenal législatif constitué de dispositions réglementaires et règles à caractères technique et normatif allait permettre une réforme au plan foncier, avec l’instauration d’un marché foncier libre dont les représentants de l’Etat et des collectivités locales sont chargés de la régulation.

Les agences foncières sont devenues des « Agences Locales de Gestion et de Régulation Foncière Urbaines» (ALGRFU) dont les attributions ont été fixées par le Décret Exécutif n°90/405 du 22 Décembre 1990. Actuellement, elles sont réorganisées en direction de Wilaya, fonctionnant avec le statut d’Entreprise publique à caractère économique et commercial.

Les dispositions fiscales allaient induire une meilleure fluidité du marché foncier en décourageant le gel des assiettes foncières (imposition).

Le passage de l’économie planifiée à l’économie de marché a rendu impératif le passage d’une planification spatiale perçue à l’hectare à celui d’une gestion effective de ce dernier valorisée au mètre carrée et opposable au tiers. Ceci s’est fait à travers les nouveaux instruments d’aménagement et d’urbanisme: le Plan Directeur d’Aménagement et d’Urbanisme (PDAU), aux échelles des agglomérations urbaines et de la commune, et le Plan d’Occupation des Sols, ramené à l’échelle de la parcelle urbaine et /ou du quartier.

Dans cet esprit, l’Etat a pris des mesures visant une production mieux contrôlée du cadre bâti, aussi bien en ce qui concerne la taille des lots qui est revue à la baisse dans un double de souci d’économie d’espace constructible et de coût de viabilisation, qu’en ce qui concerne l’écart encore important entre la demande et l’offre.

Les formules du logement social participatif avec aide conséquente de l’Etat au citoyen par le biais de la Caisse Nationale du Logement (CNL), l’implication de la CNEP, les banques, EPLF, OPGI, AADL, etc.… et la diversification des intervenants dans le secteur du bâtiment avec, notamment, les entreprises privées, les promoteurs immobiliers, etc. ont permis de satisfaire, ou à défaut, de donner espoir aux jeunes couples, en réduisant les marges de bénéfice et de manœuvre des spéculateurs fonciers à Tlemcen.

Cependant force est de constater que le phénomène du secteur informel, par suite de la situation sécuritaire des années 90 a généré de nouveaux quartiers à Tlemcen. Les plus importants sont: «Hai Zitoun» qui se situe en continuité spatiale du nord de l’agglomération de Chetouane ; et l’importante poche d’habitat illicite de M’Cellah, située à deux kilomètres environ, au nord de Chetouane, dans la continuité de l’agglomération secondaire d’Ouzidane.

4- Conclusion: L’Etat et l’Informel
Actuellement, le Grand Tlemcen, constitué d’un groupement de trois communes Tlemcen-Mansourah-Chetouane, gère quatres sites illicites principaux: Hai Ouali Mustapha, El Koudia, Hai Zitoun et M’Cellah inscrits dans les opérations Résorption de l’Habitat Précaire (RHP) dans le cadre d’un accord liant le ministère de l’Urbanisme à l’AFID.

Ces sites ne sont pas les seuls à Tlemcen. D’autres poches sont en lente, mais sûre progression, comme «Village Kounda, l’Abbatoir, sur la RN 7A, allant vers Safsaf, Béni Boublen, sur la route de Sebdou, etc.…» et qu’il faudrait encadrer dans des formes participatives et où il faudrait opter pour le préventif, qui est moins coûteux, à tous points de vues, que le curatif.

L’arrêt des travaux d’Hercule entamés dans la moitié des années 80 dans la gigantesque ZHUN du Champ de Tir, car rattrapée par le temps et l’économie de marché, a été une action louable. En effet, les tronçons viabilisés et en cours de viabilisation, ont été segmentés, et intégrés dans le processus d’aménagement urbain où ont travaillé côte à côte: Agences Foncières, CNEP, OPGI, EPLF, Promoteurs Immobiliers privés et propriétaires constructeurs et auto constructeurs, dans un cadre légal, et sous le contrôle vigilant de la DUC, DLEP et autres acteurs de ce secteur stratégique.

Le même mode de gestion et de production spatiales que celui expérimenté à Champ de Tir a été également initié sur le site vierge à Oudjlida, sur terrain non agricole, sur une pente variant de 3 à 8%, mais constructible.

Ces deux opérations intégrant logement social, logement promotionnel et participatif, à côté de l’habitat individuel ont permis de protéger les terres agricoles, de modeler les parcelles, et ont participé à la satisfaction d’une partie appréciable des demandes pressants en logements, mais aussi et surtout, ont permis de devancer les constructeurs illicites sur ces sites bien situés, et aisément constructibles.

De ce fait, le rétrécissement, en peau de chagrin, des « no man’s land » avec des aménagements fidèles aux termes de référence aux instruments d’aménagement et d’urbanisme et la célérité dans les affectations des assiettes foncières avec un statut juridique clair, inviolable ainsi qu’une concertation continue et adaptée aux contextes et fluctuations du marché, sont autant de conditions qui permettront à terme de réduire les écarts entre l’offre et la demande, et par conséquent, le passage des demandes en termes quantitatifs à celui des exigences en termes qualitatifs. Ceci ouvrira, sans doute, la voie à une réflexion globale sur la ville, non seulement pour apporter des réponses aux problèmes du moment, mais surtout pour maîtriser la ville en tant Projet Urbain cohérent.

Enfin, Tlemcen, « Ville d’Art et d’Histoire », à l’instar des villes algériennes n’est plus cette cité d’antan qu’on peut protéger par le simple fait d’élever les murailles et renforcer les portes d’accès. L’ouverture aux marchés intérieur et extérieur, la concertation intersectorielle, la participation citoyenne, la mondialisation, l’environnement urbain et le développement durable sont des concepts, parmi tant d’autres, avec lesquels il faut désormais composer, voire adopter, pour se mettre au diapason du contexte international, et vivre à l’ère du troisième millénaire.




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