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L'urbanisme

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Message par bouguerra.z Sam 31 Oct - 23:18

L'urbanisme

L'organisation urbaine

L'urbanisme peut être défini comme l'action réfléchie visant à disposer, à aménager ou à restructurer physiquement et socialement l'espace (urbain et rural) en vue d'assurer l'unification la plus harmonieuse et la plus efficace des fonctions que remplit un site donné, singulièrement l'habitation et la circulation. Il est inséparablement une théorie et une pratique dont l'exercice entraîne le recours à une technique.


S'efforçant de penser, de planifier et d'organiser concrètement la mise en forme de l'espace des agglomérations, l'urbanisme intervient dans la disposition des bâtiments, la structure des réseaux de communication et des équipements publics, et, plus généralement, dans l'aménagement du territoire. Il n'est constitué comme discipline relativement autonome – affaire de professionnels dont l'action est inséparable de celle de la puissance publique et, partant, d'une réglementation juridique – qu'à partir de l'urbanisation intense consécutive aux progrès de l'industrialisation.

L'urbaniste

Historiquement, les premiers urbanistes au sens moderne du mot furent en France des spécialistes de compétences diverses qui fondèrent, les uns, l'Association générale des hygiénistes et techniciens municipaux (1905), les autres, la section d'hygiène urbaine et rurale du Musée social (1908), d'autres enfin, la Société française des architectes-urbanistes (1912), devenue en 1919 la Société française des urbanistes. Administrateurs municipaux, architectes, ingénieurs, voyers jouèrent un rôle essentiel comme urbanistes dans l'entre-deux-guerres, mais l'appellation d'urbaniste tendit surtout à devenir un appendice du titre d'architecte, qui, lui, est légalement protégé. Aujourd'hui, le métier d'urbaniste est exercé par des architectes, des ingénieurs, des administrateurs, des sociologues, des géographes et des économistes.

Une spécificité discutée

En ouverture de Manière de penser l'urbanisme, publié en 1946, Le Corbusier soutient que «l'urbaniste n'est autre chose que l'architecte». Cependant, l'ouverture de l'urbanisme à la sociologie et à l'économie, notamment, contraint à remettre en cause un tel formalisme. Dans une étude intitulée «L'urbanisme d'aujourd'hui : mythes et réalités», le sociologue Henri Lefebvre soutient que «l'architecture et l'urbanisme doivent être distingués avec soin» en tant qu'ils se situent à «deux niveaux de la réalité sociale»: l'architecture est au niveau «microsociologique», tandis que «l'urbanisme est un problème macrosociologique», posé au niveau de «la société dans son ensemble». Il affirmait aussi que l'urbanisme est une idéologie.

L'urbaniste n'a pas le pouvoir de décider des transformations de l'ordre spatial, et il ne réalise pas les travaux, mais il est à la fois le concepteur (ce qui implique le maniement d'abstractions) et l'organisateur de ces transformations dans le cadre des procédures administratives et des réglementations juridiques relatives à l'acquisition et à l'utilisation du sol.

Le souci de l'embellissement

La définition de l'urbanisme comme théorie et pratique de l'aménagement urbain serait toutefois incomplète si elle n'intégrait la dimension esthétique. Il n'est pas d'ordonnancement de l'urbanisation qui n'obéisse à des canons esthétiques, quelle que soit la valeur de ceux-ci, leur filiation culturelle, leur degré d'académisme ou d'audace innovante. Grand ordonnateur de la ville, l'urbaniste pense et projette sur le tissu urbain un réseau de rapports entre les surfaces pleines (bâties ou à bâtir) et les surfaces vides (jardins, places, voies), entre la largeur des voies et la hauteur des constructions, entre les caractéristiques architecturales des bâtiments eux-mêmes, etc : cet ensemble de rapports est réfléchi, selon l'expression de Jean-François Tribillon, comme un «système d'effets plastiques et émotionnels» dont le souci confère à l'urbaniste, outre le statut de planificateur du développement de la ville et de programmateur de son équipement, celui de metteur en scène de son paysage.


La fonction constitutive de cette exigence esthétique fut très tôt formulée par l'un des plus grands théoriciens de l'histoire de l'urbanisme (ou plus exactement de l'art urbain), l'humaniste Leon Battista Alberti (1404-1472), qui en énonça le principe dans son De re aedificatoria, publié en 1483 ; il composa cet ouvrage dans une référence explicite à Vitruve, l'architecte romain du Ier siècle avant notre ère, dont les Dix Livres d'architecture, redécouverts en 1415, constituent sans doute la plus grande théorie systématique de l'espace produite par l'Antiquité. Alberti identifie ce qu'aujourd'hui nous nommons urbanisme avec l'architecture elle-même et réfléchit l'espace urbain dans la métaphore de l'édifice, comparant la ville à une grande maison et la maison à une petite ville. Trois principes doivent selon lui présider à l'économie générale de la ville-maison : la loi qui est au fondement de la vie sociale, à savoir la nécessité naturelle (necessitas) ; l'exigence d'une adaptation de l'ordre urbain aux usages de la vie courante et aux usagers eux-mêmes, la commodité (commoditas) ; enfin un idéal de beauté, voire de «volupté» (voluptas), entendu comme parfaite justesse des proportions.
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Message par bouguerra.z Sam 31 Oct - 23:19

Evolution de l'art urbain

Au regard d'une histoire de l'urbanisme, l'intérêt que présentent les cités de la Grèce antique, communautés de citoyens englobées dans un site proprement urbain, réside autant dans la réflexion sur l'art urbain dont elles ont été l'objet chez les premiers philosophes, et même dans la formation, selon Jean-Louis Harouel, d'«un véritable droit de l'urbanisme», que dans deux caractéristiques notables de la structuration de l'espace de la ville : d'une part, la division entre la ville haute, portant l'acropole, et la ville basse, où se situe l'agora ; d'autre part, l'invention du plan orthogonal, dit «en échiquier» ou «en damier», ou encore «hippodamique», du nom d'Hippodamos de Milet. Les Romains adoptèrent à leur tour des plans réguliers, divisés selon deux perpendiculaires, le decumanus dans l'axe est-ouest et le cardo dans l'axe nord-sud, à l'intersection desquels se situe souvent le forum, l'équivalent de l'agora grecque ; cependant, il s'agit plus d'une structure essentiellement liée au rite de la fondation de la ville que d'un plan.

Sous l'effet de l'évolution démographique et de l'expansion économique, l'essor urbain médiéval est déterminé par des questions d'ordre pratique : le quadrillage régulier des Romains cède la place à un tissu urbain composé de rues étroites autant que tortueuses, qui n'exclut pas une organisation des quartiers, différenciés notamment selon les métiers. Établies le long des routes ou des rivières, ou autour de noyaux constitués souvent par des églises, des monastères ou des châteaux, les villes médiévales sont soit d'anciennes cités romaines, soit, pour un grand nombre, des villes nouvelles, créées pour des raisons économiques ou militaires.

Renaissance et âge classique

La Renaissance est le temps où la ville devient l'objet d'une représentation globale projetée sur l'espace et d'un discours propre qui en pense et en planifie l'ordonnancement, tandis que des artistes, travaillant sous l'autorité de princes et l'impulsion des papes, la transforment en «espace savant». Concrétisée notamment par les réalisations architecturales de Brunelleschi à Florence et de Bramante à Milan et à Rome, cette coupure avec les pratiques du Moyen Age se produit d'abord essentiellement dans l'ordre de la pensée, singulièrement dans l'œuvre d'Alberti, mais aussi dans le Traité d'architecture de Filarete, dont l'apport sans doute majeur est la conception du plan radioconcentrique : un polygone ordonné autour d'une place centrale d'où rayonnent dans une parfaite symétrie des rues rectilignes. L'avènement de cette figure géométrique est inséparable de la grande invention technique et conceptuelle de la Renaissance : la perspective monumentale, qui consiste à lier en un tout indivisible la rue droite et son édifice terminal. À l'«espace de contact» solidaire d'une vision théocentrique produit par le Moyen Âge commence alors à se juxtaposer un «espace de spectacle».

L'esthétique urbaine de la Renaissance évolue dans toute l'Europe principalement sous deux formes : d'une part, le style baroque, notamment à Rome à la fin du XVIe siècle sous le pape Sixte Quint et au XVIIe siècle avec les réalisations du Bernin, mais aussi en France (Le Vau) et jusqu'à Prague et Cracovie ; d'autre part, le style dit «classique» – le symbole sans doute le plus marquant en est la création des places royales, en particulier la place Dauphine et la place Royale (aujourd'hui des Vosges) sous Henri IV, la place des Conquêtes (ou place Vendôme) sous Louis XIV, et sous Louis XV, qui lui donna son nom, la future place de la Concorde.

L'art urbain durant ces siècles s'exerça de multiples façons : réordonnancement partiel de Rome, Paris, Amsterdam, Bruxelles, etc ; extension de villes, comme Nancy, Londres et la ville d'eaux de Bath ; reconstructions d'envergure, comme à Lisbonne ; enfin, création de villes nouvelles telles que Versailles, Mannheim, Karlsruhe, Saint-Pétersbourg, Washington.

De l'art urbain à l'urbanisme

L'urbanisme est la forme propre au XXe siècle d'un art urbain aussi ancien que les premières villes. Le terme, construit à partir du latin urbs, la «ville», est récent : dans le Bulletin de la société de géographie de Neufchâtel, Paul Clerget le définit en 1910 comme l'«étude systématique des méthodes permettant d'adapter l'habitat, et plus particulièrement l'habitat urbain, aux besoins des hommes». Selon Françoise Choay, pionnière des études d'histoire de la pensée urbanistique, le vrai créateur du mot est Ildefonso Cerdá y Suñer (1815-1879), responsable du plan de l'extension de Barcelone (1860) et auteur de la Théorie générale de l'urbanisation (1867, première traduction française en 1979). Le néologisme de urbanización y désigne une «matière neuve, intacte et vierge» à laquelle Cerda entend conférer un statut scientifique : il s'agit déjà de l'urbanisme, plutôt que de l'urbanisation, laquelle est l'objet propre des politiques urbaines.

Soulignant son articulation essentielle avec l'industrialisation ainsi que sa prétention à s'ériger en science autonome, Françoise Choay en conclut que «dans son acception originelle, l'urbanisme est la pratique sociale spécifique qui, après la révolution industrielle, cherche à fonder sur un discours (théorie) scientifique la construction d'un ordre spatial urbain adapté à la nouvelle société économique et technologique». S'il convient donc de réserver le terme d'urbanisme aux théorisations et aux réalisations qui ont commencé à l'époque d'Haussmann et de Cerda, il est permis de considérer rétrospectivement, et très schématiquement, l'évolution de l'art urbain.

Les théories de l'urbanisme

des théories du XXe siècle que Françoise Choay, en 1965, a regroupées en différents courants, qui sont moins des écoles que des tendances, traversant parfois l'œuvre d'un même auteur.

Le courant progressiste

Par sa puissance conceptuelle, sa diversité doctrinale, son caractère international, l'ampleur de ses réalisations, sa reconnaissance officielle aussi dans certains pays, comme la France, sa réception critique enfin par le grand public, le principal de ces courants est celui qui peut être nommé «progressiste». Les théoriciens de ce mouvement entendent planifier l'organisation et la réorganisation des villes en les adaptant le plus efficacement possible aux conditions nouvelles de leur fonctionnement, dont ils anticipent l'évolution dans leurs plans. Intégrant dans leur modélisation de l'espace urbain les données relatives aux techniques et aux matériaux de construction (acier, béton, verre) nouveaux, ils élaborent une esthétique d'allure «futuriste» adéquate aux normes utopiques de leur «cité radieuse» et qui ordonne la typologie des logements et des bâtiments ainsi que la morphologie des villes à un idéal d'austérité formelle.

Une utopie

Les premières représentations de cette cité de l'avenir avaient été élaborées par certains utopistes du XIXe siècle, rétrospectivement dénommés «préurbanistes progressistes», dont les uns prônaient la vie communautaire, les autres le logement individuel : ainsi, Charles Fourier préconisait l'organisation de phalanstères, que tenta de réaliser au Texas son disciple Victor Considérant, Robert Owen conçut et tenta de concrétiser des «villages de coopération», Étienne Cabet imagina une ville communiste modèle où prévaudraient de strictes conditions d'hygiène, Pierre Joseph Proudhon esquissa un modèle rationnel d'habitation, Benjamin Ward Richardson donna dans sa ville utopique un rôle prépondérant aux espaces verts et aux hôpitaux. Pour l'essentiel ces théorisations demeurèrent à l'état de projet ; c'est paradoxalement le patronat qui réalisa, selon une logique de fermeture, lisible dans les modèles progressistes utopiques, les premières cités ouvrières, telles celles des Schneider au Creusot, des Wendel à Stiring, de Krupp à Essen, ou encore, dans la région de Mons, le Grand Hornu construit par Bruno Renard sous la direction de Henri-Joseph de Gorge.

L'invention de l'espace urbain

S'il découvrit sa première assise théorique dans l'œuvre de l'architecte Tony Garnier, nommé par Édouard Herriot urbaniste en chef de la ville de Lyon, et qui conçut au début du siècle le plan d'une «cité industrielle» composée de constructions standardisées et fondée sur le principe d'une stricte partition de l'espace selon ses fonctions, l'urbanisme progressiste ne se constitua vraiment qu'à partir de 1928, avec la fondation des Congrès internationaux d'architecture moderne (CIAM), qui furent peut-être, jusqu'à leur dissolution en 1969, le principal catalyseur des pratiques urbanistiques dans le monde entier. Les CIAM réunissent des architectes qui avaient dans leur propre pays initié une pensée novatrice sur l'espace urbain, articulée à une réflexion sur des recherches plastiques d'avant-garde, tel le cubisme, et sur la portée des nouvelles techniques : ainsi, pour l'Allemagne, Ludwig Mies van der Rohe et Walter Gropius, ce dernier par ailleurs fondateur en 1919 du Bauhaus, dont fit partie l'urbaniste Ludwig Hilberseimer (qui aura la responsabilité de la rénovation du centre de Detroit aux États-Unis) ; pour les Pays-Bas, Cornelius Van Eesteren, Jacob Oud, Gerrit Rietveld ; pour la Suisse, Le Corbusier (de son vrai nom Charles Édouard Jeanneret-Gris), qui animait à Paris la revue l'Esprit nouveau ; pour la Belgique, Victor Bourgeois ; pour le Brésil, Lúcio Costa, qui beaucoup plus tard remporta le concours du plan de Brasília, qu'il réalisera avec la participation d'Oscar Niemeyer ; pour l'Espagne, José Lluis Sert ; pour l'Union soviétique, Moïse Guinzbourg et les architectes du groupe du «constructivisme». De leurs premiers travaux théoriques émana, en 1933, un document majeur de l'urbanisme contemporain, la Charte d'Athènes, collectivement rédigée durant une croisière en Méditerranée mais dans laquelle prédominent les thèses de Le Corbusier, qui, sous son nom, le republia en 1943.

Urbaniser les villes

Tel qu'il se dégage de ce texte programmatique et de toute l'œuvre de théoricien accomplie sans grande variation doctrinale par Le Corbusier pendant une quarantaine d'années, le projet des CIAM consistait à répondre au défi soulevé par le développement chaotique des espaces urbains en rompant avec des politiques impuissantes à «tenir tête à la bête», c'est-à-dire à la puissance de la grande ville. Pour assurer la victoire de cette «formidable bataille» que constitue le projet de «vouloir urbaniser une grande ville contemporaine», plusieurs principes furent énoncés dans la Charte d'Athènes, dont les articles 77, 78 et 79 formulent sans doute la thèse essentielle (qui valut au mouvement le nom de «fonctionnalisme»), celle relative au zonage (ou «zoning»), c'est-à-dire le partage de l'espace urbain - conceptualisé déjà par Tony Garnier - selon une distinction nette de quatre fonctions fondamentales, véritables «clés de l'urbanisme»: habiter, travailler, se récréer, circuler. Outre son caractère rudimentaire, cette quadripartition présente deux traits notables.

Lignes droites et habitations

Le premier est l'indépendance conférée à la circulation, c'est-à-dire au tracé des voies, localisées à l'écart des habitations et hiérarchisées elles-mêmes selon la vitesse. Un parti pris géométrique conduira par ailleurs Le Corbusier à soutenir que «la circulation exige la droite», laquelle est aussi «saine à l'âme des villes» que la courbe lui est «ruineuse, difficile et dangereuse». Après avoir tranché dans le vif de l'esthétique du Moyen Âge en affirmant que «la rue courbe est le chemin des ânes» et «la rue droite le chemin des hommes», Le Corbusier radicalise encore sa position en énonçant un ultime verdict : «La rue-corridor à deux trottoirs, étouffée entre de hautes maisons, doit disparaître.»

Le second trait remarquable réside dans le privilège attribué à l'habitation au détriment du lieu de travail, lequel est réduit à une logique productiviste. L'urbanisme des CIAM est principalement un urbanisme du logis, et pour l'essentiel un urbanisme de masse, ou «urbanisme populaire». Si certaines de ces composantes optent pour l'habitat individuel, Le Corbusier, les théoriciens du Bauhaus et ceux du constructivisme plaident pour la construction en hauteur d'immeubles géants, distants les uns des autres, entourés de verdure afin de rompre avec l'opposition de la ville et de la campagne. C'est ce principe qui a présidé à la réalisation par Le Corbusier de la Cité radieuse, immeuble de dix-sept niveaux abritant près de 2000 personnes, construit en 1947 à Marseille et reproduit notamment à Nantes. Cependant, l'édification des grands ensembles dans la France de l'après-guerre, qui a beaucoup contribué au désaveu du style international des CIAM, ne répond pas exactement aux normes de celui-ci, qui servit plutôt, spécieusement, de caution.
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Message par bouguerra.z Sam 31 Oct - 23:21

Le courant culturaliste

A l'opposé de ce modernisme extrême qui chez Le Corbusier confine, selon Harouel, à l'«aveuglement dans le vandalisme», une autre tendance s'est développée dans le même temps autour du thème du respect de la ville, de la fidélité à ses traditions (singulièrement à son héritage médiéval) et de la nécessité pour un urbanisme digne de ce nom de se fonder sur une connaissance préalable et visant à l'exhaustivité des données démographiques, géographiques, sociales et, plus généralement, culturelles. Elle est identifiable dans le courant dit «culturaliste», dont l'audience, quoique internationale, fut moindre que celle de son rival progressiste et qui, sans pouvoir être accusé de passéisme, a conduit à l'élaboration de modèles urbains empreints de nostalgie et dans lesquels on pourrait déceler une méconnaissance relative du temps présent. Ses précurseurs en furent notamment, au XIXe siècle, John Ruskin et William Morris : vitupérant la logique urbaine de la société industrielle, ils prônèrent un retour à l'esthétique médiévale des rues serpentines et conçurent des villes de petites dimensions capables de satisfaire aux droits de la vie spirituelle et à l'ordre de la nature.

Organiser la vie dans la ville

C'est à la fin du XIXe siècle que parurent les deux ouvrages qui orientèrent de manière décisive au siècle suivant le développement du courant culturaliste. En 1889 paraît l'Art de bâtir les villes (Der Städtebau) de Camillo Sitte, que Le Corbusier ne manqua pas d'accuser d'avoir fondé une nouvelle «religion du chemin des ânes»; hostile à l'aménagement de Vienne selon les principes haussmanniens, Sitte oppose à ceux-ci d'autres principes, patiemment dégagés de l'étude des villes anciennes, selon lesquels le plan urbain doit être considéré comme une œuvre d'art et privilégier les rues et les places, désignées comme les lieux de passage et de rencontre par excellence. Le livre d'Ebenezer Howard, Tomorrow, publié en 1898, réfléchit dans le concept de «cité-jardin» (garden-city) le projet d'une ville ceinturée d'une bande de verdure, dont les habitations sont prolongées par un jardin et occupées par une population limitée à 30’000 personnes : les premières réalisations en furent, au nord de Londres, les cités de Letchworth et de Welwyn.

Proche de ce culturalisme prit corps un urbanisme «anthropologique» soucieux de penser l'espace de la ville comme lieu d'accueil d'une communauté humaine toujours singularisée par son histoire et sa culture : les théoriciens les plus féconds de ce courant furent l'Écossais Patrick Geddes (Cities in Evolution, 1915), son disciple américain Lewis Mumford (les Cités à travers l'histoire, 1965) et l'historien de Paris Marcel Poète, qui publia en 1929 une Introduction à l'urbanisme .

L'option naturaliste

Enfin, irréductible à tous ces courants et cherchant parfois à en concilier les enseignements, l'important ouvrage de Franck Lloyd Wright, The Disappearing City, dont la première version date de 1932, est au principe d'un urbanisme «naturaliste», dont l'originalité est d'être fondamentalement antiurbain : telle qu'elle s'exprima dans le projet de la «Broadacre City», cette pensée d'une «cité naturelle de la liberté dans l'espace et du réflexe humain» qui doit être aussi «optimiste, non politique, non urbaine, campagnarde» conduit à dissoudre la ville dans la nature, à référer les unités d'habitation à une fonctionnalité moderne, et la circulation à l'usage de l'automobile et de l'avion.


Les champs d'application

L'urbanisme est directement impliqué dans trois cas de figure, affrontés de longue date par l'art urbain :

– la création de villes nouvelles, qu'il s'agisse de villes industrielles (Nowa Huta en Pologne, Mourens dans les Pyrénées-Atlantiques), de nouvelles capitales (Brasília ou Yamoussoukro), de créations destinées à décongestionner les grandes villes (cités-jardins de Howard, villes nouvelles de la région parisienne) ou de cités scientifiques (Akademgorodok en Sibérie). La reconstruction consécutive à une guerre ou à une catastrophe naturelle entre parfois dans ce cas de figure, qu'elle vise à restituer à la ville sa morphologie ancienne (Saint-Malo sous la responsabilité d'Arretche) ou obéisse à un plan nouveau, soit sur un site différent (Agadir), soit sur le même site (Maubeuge) ;


– la restructuration d'ensemble de la ville, telle la recomposition de Paris par Haussmann, ou le projet de rééquilibrage de l'agglomération lyonnaise baptisé «Lyon 2010»;


– l'extension planifiée des villes existantes, illustrée notamment en France par la politique de construction des grands ensembles après la Seconde Guerre mondiale.

Rénovation et réhabilitation

À l'échelle du quartier, les problèmes d'inadaptation aux conditions de la vie moderne - exiguïté et inconfort des logements, insuffisante occupation du sol, inadéquation de la voirie à l'usage de l'automobile, etc - motivent l'action de l'urbanisme, qui peut choisir des solutions différentes.

La «rénovation», radicale, sinon brutale, consiste en une démolition du quartier, souvent pour cause d'insalubrité, et en constructions nouvelles. Très coûteuse, impliquant un usage important de la procédure d'expropriation, objet d'opérations spéculatives, cette méthode provoque également le départ, pour des raisons financières, de l'ancienne population, et entraîne par définition une modification de la typologie des bâtiments et de la morphologie des quartiers.
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Message par maymouna Mar 29 Déc - 23:23

merci beaucoup vraiment c'est trés interesent Smile

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Message par sousou27 Lun 3 Mai - 23:40

bonsoir je cherche la morhologie urbaine et ces elements d'analyse ces principes ex..... j'ai un expose pour demain

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Message par ait si nas Mar 5 Oct - 19:22

Merci bcp Smile

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Message par basmarchi Ven 12 Nov - 23:31

merciii bcpppp pr ces infoooo Very Happy
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